Le Blog de Bounty

Tranches de ma petite vie à partir de photos sympas ... persos ou choisies ailleurs ...

vendredi 25 mai 2007

Citations encore ...

... de cet auteur, Muriel Barbery, cette fois de son livre Une Gourmandise.

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Résumé trouvé sur le site de la Fnac :

Il se sait le plus grand critique gastronomique du monde, celui qui a fait et défait les réputations culinaires les plus importantes. Son ami médecin lui annonce que son coeur va le lâcher avant quarante-huit heures. Plus rien ne lui importe, que de retrouver une, cette, LA saveur oubliée "qui lui trotte dans le coeur" depuis l'enfance ou l'adolescence, la "vérité première et ultime" de sa vie. Il cherche dans sa faiblesse, parmi tous les mets et dans une course contre la montre, et toujours cette clé de sa vie lui échappe. La révélation finale risque de bouleverser bien des convictions.

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Je pénétrais dans la salle comme le consul entre dans l’arène pour être acclamé et j’ordonnais que la fête commence. Qui n’a jamais goûté au parfum enivrant du pouvoir ne peut imaginer ce soudain éclaboussement d’adrénaline qui irradie tout le corps, déclenche l’harmonie des gestes, efface toute fatigue, toute réalité qui ne se plie pas à l’ordre de votre plaisir, cette extase de la puissance sans frein, quand il n’y a plus à combattre mais seulement à jouir de ce que l’on a gagné en savourant à l’infini l’ivresse de  susciter la crainte.

Je meurs d’une insuffisance de cœur. Quelle amertume aussi ! J’ai tant reproché aux autres d’en manquer dans leur cuisine, dans leur art, que je n’ai jamais pensé que c’était peut-être à moi qu’il faisait défaut, ce cœur qui me trahit si brutalement, avec un dédain à peine dissimulé tant le couperet s’est aiguisé rapidement.

Quand enfin, repus et un peu assommés, nous repoussions devant nous nos assiettes et cherchions à notre banc un dossier inexistant pour nous y reposer, le serveur apportait le thé, le versait selon le rituel consacré et déposait sur la table très fugitivement une assiette de cornes de gazelle. Plus personne n’avait faim, mais c’est cela justement qui est bon à l’heure des pâtisseries : elles ne sont appréciables dans toute leur subtilité que lorsque nous ne les mangeons pas pour apaiser la faim et que cette orgie de douceur sucrée ne comble pas un besoin primaire mais nappe notre palais de la bienveillance du monde.

-        Le croirez-vous […] j’avais aussi une grand-mère, dont la cuisine était pour moi une antre magique. Je crois que toute ma carrière prend sa source dans les fumets et les odeurs qui s’en échappaient et qui, enfant, me rendaient fou de désir. Fou de désir, littéralement. On n’a que peu idée de ce que c’est que le désir, le véritable désir, lorsqu’il vous hypnotise, s’empare de votre âme entière, la circonvient de toutes parts, de telle sorte que vous êtes un dément, un possédé, prêt à tout pour une petite miette, pour un nuage de ce qui se concocte là, sous vos narines subjuguées par le parfum du diable ! Et puis elle débordait d’énergie, de bonne humeur ravageuse, d’une force de vie prodigieuse qui nimbait toute sa cuisine d’une vitalité éclatante et j’avais le sentiment d’être au cœur d’une matière en fusion, elle rayonnait et m’enveloppait de ce rayonnement chaud et odorant.

... de ce fouillis orchestré se dégageait le meilleur d’elle-même que ni la saleté, ni les exhalaisons fétides, ni le sordide d’une existence consacrée à la vacuité ne parvenaient à ensevelir. Combien de vieilles femmes à la campagne sont ainsi douées d’une intuition sensorielle hors du commun, qu’elles mettent au service du jardinage, des potions aux herbes ou des ragoûts de lapin au thym et, génies méconnus, meurent tandis que leur don aura été ignoré de tous – car nous ne savons pas, le plus souvent, que ce qui nous paraît si anodin et si dérisoire, un jardin chaotique au cœur de la campagne, peut relever de la plus belle des œuvres d’art. Dans ce rêve de fleurs et de légumes, j’écrasais sous mes pieds brunis l’herbe sèche et touffue du jardin et je m’enivrais des parfums.

Sucre, eau, fruit, pulpe, liquide ou solide ? La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure.

Je n’avais à la bouche, sans en comprendre la signification, que le mot « terroir » - mais je sais aujourd’hui qu’il n’y a de « terroir » que par la mythologie qu’est notre enfance, et que si nous inventons ce monde de traditions enracinées dans la terre et l’identité d’une contrée, c’est parce que nous voulons solidifier, objectiver ces années magiques et à jamais révolues qui ont précédé l’horreur de devenir adulte. Seule la volonté forcenée qu’un monde disparu perdure malgré le temps qui passe peut expliquer cette croyance en l’existence d’un « terroir » - c’est toute une vie enfuie, agrégat de saveurs, d’odeurs, de sensations éparses qui se sédimente dans les rites ancestraux, dans les mets locaux, creusets d’une mémoire illusoire qui veut faire de l’or avec du sable, de l’éternité avec le temps. Il n’y a pas de grande cuisine, tout au contraire, sans évolution, sans érosion ni oubli. C’est d’être sans cesse remise sur l’établi de l’élaboration, où passé et avenir, ici et ailleurs, cru et cuit, salé et sucré se mélangent, que la cuisine est devenue art et qu’elle peut continuer à vivre de n’être pas figée dans l’obsession de ceux qui ne veulent pas mourir.

[Il goûte un sashimi] Ce fut un éblouissement. Ce qui franchit ainsi la barrière de mes dents, ce n’était ni matière, ni eau, seulement une substance intermédiaire qui de l’une avait gardé la présence, la consistance qui résiste au néant et à l’autre avait emprunté la fluidité et la tendresse miraculeuse. Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu’il ne fond sur la langue. Il invite à une mastication lente et souple, qui n’a pas pour fin de faire changer l’aliment de nature mais seulement d’en savourer l’aérienne moellesse. Oui, la moellesse : ni mollesse ni moelleux ; le sashimi, poussière de velours aux confins de la soie, emporte un peu des deux et, dans l’alchimie extraordinaire de son essence vaporeuse, conserve une densité laiteuse que les nuages n’ont pas.

Déguster est un acte de plaisir, écrire ce plaisir est un fait artistique mais la seule vraie œuvre d’art, en définitive, c’est le festin de l’autre. […] …le repas de l’autre est enfermé dans le cadre de notre contemplation et exempté de la ligne de fuité infinie de nos souvenirs ou de nos projets. J’aurais aimé vivre cette vie-là, celle que le miroir ou l’assiette de Jacques me suggéraient, une vie sans perspective par où s’évanouisse la possibilité qu’elle devienne une œuvre d’art, une vie sans autrefois ni demain, sans alentours ni horizon : ici et maintenant, c’est beau, c’est plein, c’est clos.

Si le pain se « suffit à lui-même », c’est parce qu’il est multiple, non pas en ses sortes particulières mais en son essence même car le pain est plusieurs, le pain est microcosme. En lui s’incorpore une assourdissante diversité, comme un univers en miniature, qui dévoile ses ramifications tout au long de la dégustation. L’attaque, qui se heurte d’emblée aux murailles de la croûte, s’ébahit, sitôt ce barrage surmonté, du consentement que lui donne la mie fraîche. Il y a un tel fossé entre l’écorce craquelée, parfois dure comme de la pierre, parfois juste parure qui cède très vite à l’offensive, et la tendresse de la substance interne qui se love dans les joues avec une docilité câline, que c’en est presque déconcertant. Les fissures de l’enveloppe sont autant d’infiltrations champêtres : on dirait un labour, on se prend à songer au paysan, dans l’air du soir ; au clocher du village, sept heures viennent de sonner ; il essuie son front au revers de sa veste ; fin du labeur.

A l’intersection de la croûte et de la mie, en revanche, c’est un moulin qui prend forme sous notre regard intérieur ; la poussière de blé vole autour de la meule, l’air est infesté de poudre volatile ; et de nouveau changement de tableau, parce que le palais vient d’épouser la mousse alvéolée libérée de son carcan et que le travail des mâchoires peut commencer. C’est bien du pain et pourtant ça se mange comme du gâteau ; mais à la différence de la pâtisserie, ou même de la viennoiserie, mâcher le pain aboutit à un résultat … gluant. Il faut que la boule de mie mâchée et remâchée finisse par s’agglomérer en une masse gluante et sans espace par où l’air puisse s’infiltrer ; le pain glue, oui parfaitement, il glue.

Dans le simple mot « sorbet », déjà, tout un monde s’incarne. Faites l’exercice de prononcer à voix haute : « Veux-tu de la glace ? » puis d’enchaîner, immédiatement, sur : « Veux-tu du sorbet ? », et constatez la différence. C’est un peu comme lorsque l’on lance, en ouvrant la porte, un négligent : « Je vais acheter des gâteaux » alors qu’on aurait très bien pu, sans désinvolture ni banalité, se fendre d’un petit : « Je vais chercher des pâtisseries » (bien détacher les syllabes : non pas « patissries » mais « pa-tis-se-ries) et, par la magie d’une expression un peu désuète, un peu précieuse, créer, à moindre frais, un monde d’harmonies surannées. Ainsi donc, proposer des « sorbets » là où d’autres ne songent qu’aux « glaces » (dans lesquelles, fort souvent, le profane range aussi bien les préparations à bas de lait que d’eau), c’est déjà faire le choix de la légèreté, c’est prendre l’option du raffinement, c’est proposer une vue aérienne en refusant la lourde marche terrienne en horizon fermé. Aérienne, oui ; le sorbet est aérien, presque immatériel, il mousse juste un peu au contact de notre chaleur puis, vaincu, pressé, liquéfié, s’évapore dans la gorge et ne laisse à la langue que la réminiscence charmante du fruit et de l’eau qui ont coulé par là.    

                                        Muriel Barbery. Une gourmandise.

Encore une fois, j'aime la façon d'écrire de cet auteur, les mots choisis ...

Posté par Bounty33 à 06:53 - Nourriture spirituelle ... - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 22 mai 2007

Ma table de chevet !

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Non, franchement, vous devez vous dire qu'en tant que prof de français, je ne parle pas beaucoup de livres ! Un peu de cuisine, beaucoup (trop ?) de photos de fleurs, beaucoup de récits sur mon chat, beaucoup de pizzas, mais alors les livres dans tout ça ? Mon métier ? Ma passion ?

Je me souviens, quand j'étais petite que je dévorais les Oui-Oui et que tous les deux jours pratiquement, il fallait me "réapprovisionner". Comme j'ai adoré, dès que j'ai su apprivoiser l'alphabet, lire ces bouquins ! Je me souviens aussi de ma première "oeuvre intégrale" lue en classe : Lili et ses chèvres ! Lol !

Aujourd'hui, je continue d'acheter des livres ( "de nous ruiner" dixit l'ingénieur matheux de la maison ...) et passer des heures au lit à bouquiner, avec le petit paquet de post-it, comme vous voyez, les stylos pour prendre des notes car comme le dit Gilles Jobin en citation sur son site, je ne peux lire quelque chose et l'apprécier sans en avoir extrait quelques phrases, quelques pensées que je consigne donc dans un énorme classeur. Au début, vers l'âge de dix-huit ans, c'était tapé à la machine, ma chère machine à écrire que j'ai toujours, puis ce fut l'ordinateur ... J'ai comme cela de vrais souvenirs, de vraies traces de toutes mes lectures de FAC de Lettres et mon Dieu, parfois, quand je replonge dans mon gros classeur, cela me fait peur, oui peur, tout ce que j'ai pu lire ! Comment mes yeux tiennent-ils encore ?

Aujourd'hui aussi, j'ai les copies de mes élèves et certaines rédactions ne sont pas de tout repos ... sur le plan orthographique ! Il faut d'abord déverser des milliers de litres d'encre rouge avant d'en savourer la petite once de poésie ou de réussite, car oui, j'ai quand même des élèves qui écrivent des choses vraiment bien. Il faut dire aussi qu'ils savent exactement ce que j'attends, me connaissent dans mes goûts, mon style peut-être, et mes impératifs ! Ils savent en particulier que j'aime bien les textes concis, courts, un peu façon nouvelle avec un concetto final ! Une chute, un effet de surprise ! C'est bien parce que grâce à cela, après leur avoir expliqué cela et lu quelques textes bien réussis, ils se sont un peu plus penchés sur leur rédac' de façon à m'étonner ... 'Fin en même temps, pour eux, c'est surtout la note qui compte ! Je passe mille ans à faire de grands commentaires sur leur travail pour bien leur expliquer les choses ... mais au final, ce qu'ils en retiennent ... Le chiffre. Bah tant pis, je ne suis pas encore lassée !

Alors sur la table, vous verrez en prem's, un dépliant publicitaire pour des soins en institut ! Lol ! Je bouquine cela aussi depuis des semaines, je meurs d'envie d'aller me faire bichonner, hélas ... Nous avons une terrasse à faire faire, et un sac Lancel à acheter en septembre ! Donc le petit soin à gros sous, hum, j'vais devoir me le garder pour mes rêves. Ensuite, il y a l'Elégance du hérisson de Muriel Barbery. Un livre que j'ai eu du mal à terminer (j'ai laissé traîner et il ne faut pas !) mais alors ... du pur bonheur ! Vous savez quoi ? Je vais parler un peu vulgairement mais "on se sent moins con/ne" pendant et après la lecture de ce livre. A travers les pensées bien fines d'une concierge atypique et d'une ado qui ne l'est pas moins, une immense réflexion sur ... le sens de la vie, l'art, la beauté des choses, notre civilisation, les gens en général, les apparences et les vérités ... C'est très riche, très bien écrit, avec des mots choisis, comme j'aime, beaucoup de virgules aussi ! Pour en avoir recopié des phrases et des phrases pour mon classeur ... j'ai bien noté cela ! J'aime aussi la façon de cet auteur (je n'aime pas trop le féminin finalement) de parler de la nourriture ... J'ai lu Une Gourmandise d'elle, et j'ai adoré aussi ! Je compte la suivre de près.

Ensuite, il y a Benoîte Groult, la Touche Etoile. Cela fait une éternité que je voulais lire ce livre, ben, je suis super déçue et ... je pense l'abandonner. Je m'attendais à un style autre, ici je trouve finalement qu'en voulant paraître ... "in", l'auteur que j'ai vue et entendue mille fois pourtant à des émissions et qui me plaisait, me déçoit donc dans l'écriture. Un peu trop "gros", je ne sais pas.

Du coup, j'ai commencé Erik Orsenna, Dernières Nouvelles des oiseaux, dont voici le texte de la quatrième.

     Ce soir-là, le président présidait une remise de prix au lycée de H. Dès le cinquième très bon élève, il bâilla. Tandis que se poursuivait l'éprouvante cérémonie, l'idée arriva dans son cerveau et, s'y trouvant bien sans doute, commença de germer. Une idée simple, une idée scandaleuse. D'accord, il faut récompenser les très bons élèves, mais pour quelle raison ceux que je vois ce soir monter un à un sur la scène sont-ils tellement ennuyeux ? [...] Pourquoi ne pas couronner d'autres enfants, des talents cachés, des passionnés qui explorent sans relâche, qui ne supportent que la liberté, que les devoirs qu'ils se donnent eux-mêmes ?

Une sorte de défense des enfants un peu atypiques, non scolaires ... L'idée m'a plu. Un jour, je faisais mes courses, je suis tombée sur le livre en poche et j'ai pris. J'aime beaucoup l'idée de l'auteur que j'imagine bien par rapport au thème (J'ai lu La grammaire ... , les Chevaliers ... etc.) et dès les premières pages, il y a du R. Dahl, du Buzzati, bref, j'aime beaucoup ces petites histoires loufoques ! Je ne sais pas si je ne vais pas l'étudier avec mes élèves l'année prochaine. Il faut que je voie pour le niveau ... 6ème, 5ème ou 4ème ... Je suis dedans quoi ! Le problème depuis que je suis professeur, c'est que j'ai du mal à ne pas penser à ma classe, à mes cours quand je lis. Combien de fois me dis-je ... "Tiens, ce serait pas mal pour eux " "Tiens il faut que je leur en parle ... "

Bon ensuite, il y a Une Pièce Montée, parce que cela parle d'un mariage avec toutes les histoires de famille autour ... La quatrième de couverture m'avait plu dès sa sortie et le voilà en poche déjà ... C'est dire si mon désir de lire ce livre date ! C'est fait, je l'ai mais pas commencé.

En tant que prof, je reçois aussi des spécimens, donc j'ai aussi le Message d'Andrée Chédid, une belle histoire d'amour au coeur d'une guerre si j'ai bien compris et un livre regroupant quatre nouvelles sur le thème de l'argent ! Que de choses à lire ...

Je voulais vous mettre donc pour terminer ce billet quelques extraits de l'Elégance du Hérisson, un livre à lire, absolument. Grand talent que cet auteur à mon humble avis.

Livre_2

Mais Antoine Pallières, dont la répugnante et embryonnaire moustache n’emporte avec elle rien de félin, me regarde, incertain de mes paroles étranges. Comme toujours je suis sauvée par l’incapacité qu’ont les êtres à croire ce qui fait exploser les cadres de leurs petites habitudes mentales. Une concierge ne lit pas L’Idéologie allemande et serait conséquemment bien incapable de citer la onzième thèse sur Feuerbach.

Les gens croient poursuivre les étoiles et ils finissent comme des poissons rouges dans un bocal. Je me demande s’il ne serait pas plus simple d’enseigner dès le départ aux enfants que la vie est absurde. Cela ôterait quelques bons moments à l’enfance mais ça ferait gagner un temps considérable à l’adulte – sans compter qu’on s’épargnerait au moins un traumatisme, celui du bocal.

Je rappelle sa question :

-        Pourriez-vous me l’apporter immédiatement (le paquet par coursier – les colis de riche n’empruntant pas les voies postales usuelles) ?

-        Oui, dis-je, en battant des records de concision, encouragée en cela par la sienne et par l’absence de s’il vous plaît que la forme interrogative et conditionnelle ne saurait, d’après moi, excuser totalement.

-        C’est très fragile, ajoute-t-il, faites attention, je vous prie.

La conjugaison de l’impératif et du « je vous prie » n’a pas non plus l’heur de me plaire, d’autant qu’il me croit incapable de telles subtilités syntaxiques et ne les emploie que par goût, sans avoir la courtoisie de supposer que je pourrais m’en sentir insultée. C’est toucher le fond de la mare sociale que d’entendre dans la voix d’un riche qu’il ne s’adresse qu’à lui-même et que, bien que les mots qu’il prononce vous soient techniquement destinés, il n’imagine même pas que vous puissiez les comprendre.

-Renée ? modulait toujours la voix qui venait d’en haut et la main amicale ne cessait d’exercer sur mon bras –incompréhensible langage- de légères et tendres pressions.

Je levai la tête, en un mouvement insolite qui me donna presque le vertige, et croisai un regard.

Renée. Il s’agissait de moi. Pour la première fois, quelqu’un s’adressait à moi en disant mon prénom. Là où mes parents usaient du geste ou du grondement, une femme, dont je considérais à présent les yeux clairs et la bouche souriante, se frayait un chemin vers mon cœur et, prononçant mon nom, entrait avec moi dans une proximité dont je n’avais pas idée jusqu’alors. Je regardai autour de moi un monde qui, subitement, s’était paré de couleurs. En un éclair douloureux, je perçus la pluie qui tombait au-dehors, les fenêtres lavées d’eau, l’odeur des vêtements mouillés, l’étroitesse du couloir, mince boyau où vibrait l’assemblée des enfants la patine des portemanteaux aux boutons de cuivre où s’entassaient des pèlerines de mauvais drap – et la hauteur des plafonds, à la mesure du ciel pour un regard d’enfant.

Alors mes mornes yeux rivés aux siens, je m’agrippai à la femme qui venait de me faire naître.

[Les livres] Pour la première fois, j’en touchai un. J’avais vu les grands de la classe y regarder d’invisibles traces, comme mus par la même force et, s’enfonçant dans le silence, puiser dans le papier mort quelque chose qui semblait vivant.

                                                                                        

Les forts

Chez les humains

Ne font rien

Ils parlent

Parlent encore

C’est une pensée profonde à moi mais elle est née d’une autre pensée profonde. C’est un invité de papa, au dîner d’hier, qui l’a dit : « Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique. »

Quand je pense au jeu de go … Un jeu dont le but est de construire du territoire, c’est forcément beau. Il peut y avoir des phases de combat mais elles ne sont que des moyens au service de la fin, faire vivre ses territoires. Une des plus belles réussites du jeu de go, c’est qu’il est prouvé que, pour gagner, il faut vivre mais aussi laisser vivre l’autre. Celui qui est trop avide perd la partie : c’est un subtil jeu d’équilibre où il faut réaliser l’avantage sans écraser l’autre. Finalement, la vie et la mort n’y sont que la conséquence d’une construction bien ou mal bâtie. C’est ce que dit un des personnages de Taniguchi : tu vis, tu meurs, ce sont des conséquences. C’est un proverbe de go et un proverbe de vie.

               Vivre, mourir : ce ne sont que des conséquences de ce qu’on a construit. Ce qui compte, c’est de bien construire. Alors voilà, je vais m’arrêter de défaire, de déconstruire, je vais me mettre à construire. Même Colombe [sa sœur], j’en ferai quelque chose de positif. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait au moment où on meurt et, le 16 juin prochain, je veux mourir en construisant.

Non, la raison pour laquelle je n’ai pas envie que mamie vienne chez nous, c’est que je n’aime pas mamie. C’est une sale vieille, après avoir été une méchante jeune.

Moi, j’ai compris très tôt qu’une vie, ça passe en un rien de temps, en regardant les adultes autour de moi, si pressés, si stressés par l’échéance, si avides de maintenant pour ne pas penser à demain… Mais si on redoute le lendemain, c’est parce qu’on ne sait pas construire le présent et quand on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu’on le pourra demain et c’est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd’hui, vous voyez ?

Donc il ne faut surtout pas oublier tout ça. Il faut vivre avec cette certitude que nous vieillirons et que ce ne sera pas beau, pas bon, pas gai. Et se dire que c’est maintenant qui importe : construire maintenant, quelque chose, à tout prix, de toutes ses forces. Toujours avoir en tête la maison de retraite pour se dépasser chaque jour, le rendre impérissable ? Gravir pas à pas son Everest à soi et le faire de telle sorte que chaque pas soit un peu d’éternité.

Le futur, ça sert à ça : à construire le présent avec des vrais projets de vivants.

Le nouveau est un monsieur d’une soixantaine d’années, fort présentable et fort japonais.

Voilà donc ma pensée profonde du jour : c’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui cherche les gens et qui voit au-delà. Cela peut paraître trivial mais je crois quand même que c’est profond. Nous ne voyons jamais au-delà de nos certitudes et, plus grave encore, nous avons renoncé à la rencontre, nous ne faisons que nous rencontrer nous-mêmes sans nous reconnaître dans ces miroirs permanents. Si nous nous en rendions compte, si nous prenions conscience du fait que nous ne  regardons jamais que nous-même en l’autre, que nous sommes seuls dans le désert, nous deviendrions fous. Quand ma mère offre des macarons de chez Ladurée à Mme de Broglie, elle se raconte à elle-même l’histoire de sa vie et ne fait que grignoter sa propre saveur ; quand papa boit son café et lit son journal, il se contemple dans une glace tendance méthode Coué ; quand Colombe parle des conférences de Marian, elle déblatère sur son propre reflet et quand les gens passent devant la concierge, ils ne voient que le vide parce que ce n’est pas eux.

Moi je supplie le sort de m’accorder la chance de voir au-delà de moi-même et de rencontrer quelqu’un.

Brisure et continuité.

Deux raisons, également liées aux films d’Ozu.

La première réside dans les portes coulissantes elles-mêmes.

Dès le premier film, Le Goût du riz au thé vert, j’avais été fascinée par l’espace de vie japonais et par ces portes coulissantes refusant de pourfendre l’espace et glissant en douceur sur des rails invisibles. Car, lorsque nous ouvrons une porte, nous transformons les lieux de bien mesquine façon. Nous heurtons leur pleine extension et y introduisons une brèche malavisée à force de mauvaises proportions. Si on y réfléchit bien, il n’y a rien de plus laid qu’une porte ouverte. Dans la pièce où elle se trouve, elle introduit comme une rupture, un parasitage provincial qui brise l’unité de l’espace. Dans la pièce contiguë, elle engendre une dépression, une fissure béante et néanmoins stupide, perdue sur un bout de mur qui eût préféré être entier. Dans les deux cas, elle perturbe l’étendue sans autre contrepartie que la licence de circuler, laquelle peut pourtant être assurée par bien d’autres procédés. La porte coulissante, elle, évite les écueils et magnifie l’espace. Sans en modifier l’équilibre, elle en permet la métamorphose. Lorsqu’elle s’ouvre, deux lieux communiquent sans s’offenser. Lorsqu’elle se ferme, elle redonne à chacun son intégrité. Le partage et la réunion se font sans intrusion. La vie est une calme promenade, lors qu’elle s’apparente chez nous à une longue suite d’effractions.

-        C’est vrai, dis-je à Manuela, c’est plus pratique et c’est moins brutal.

La seconde raison vient d’une association d’idées qui, des portes coulissantes, m’a menée aux pieds des femmes. Dans les films d’Ozu, on ne compte pas le nombre de plans où l’acteur pousse la porte, entre au foyer et se déchausse. Les femmes, surtout, ont dans l’enchaînement de ces actions un talent singulier. Elles entrent, font glisser la porte le long de la paroi, effectuent deux petits pas rapides qui les mènent au pied de l’espace surélevé en quoi consistent les pièces à vivre, se déchaussent sans se pencher de souliers dépourvus de lacets et, en un mouvement des jambes fluides et gracieux, pivotent sur elles-mêmes sitôt escaladée la plate-forme qu’elles abordent de dos. [ …]

Lorsque nous marchons, nous autres Occidentaux, et parce que notre culture le veut ainsi, nous tentons de restituer, dans la continuité d’un mouvement que nous concevons sans à-coups, ce que nous croyons être l’espérance même de la vie : l’efficacité sans obstacle, la performance fluide figurant, dans l’absence de rupture, l’élan vital par lequel tout s’accomplit. Ici, le guépard en action est notre norme ; tous ses gestes se fondent harmonieusement, on ne peut distinguer celui-ci du suivant, et la course du grand fauve nous apparaît comme un seul et long mouvement symbolisant la perfection profonde de la vie. Mais lorsque les femmes japonaises brisent de leur pas hachés le puissant déploiement du mouvement naturel et alors que nous devrions éprouver le tourment qui s’empare de l’âme au spectacle de la nature outragée, il se produit au contraire en nous une étrange félicité, comme si la rupture produisait l’extase et le grain de sable la beauté. Dans cette offense faite au rythme sacré de la vie, dans cette marche contrariée, dans l’excellence née de la contrainte, nous tenons un paradigme de l’Art. […] …le mouvement advient à la création artistique.

Car l’Art, c’est la vie, mais sur un autre rythme.

Après son départ, je reste assise devant ma tasse de thé vide. Il reste un mendiant, que je grignote par gourmandise avec les dents de devant, comme une souris. Changer de style du croquer dedans, c’est comme déguster un nouveau mets.

Hors-temps.

[La boule de verre.]

Sous le globe chutent les flocons.

Devant les yeux de ma mémoire, sur le bureau de Mademoiselle, mon institutrice jusqu’à la classe des grands de Monsieur Servant, se matérialise la petite boule de verre. Lorsque nous avions été méritants, nous avions le droit de la retourner et de la tenir au creux de la main jusqu’à la chute du dernier flocon au pied de la tour Eiffel chromée. Je n’avais pas sept ans que je savais déjà que la lente mélopée des petites particules ouatées préfigure ce que ressent le cœur pendant une grande joie. La durée se ralentit et se dilate, le ballet s’éternise dans l’absence de heurts et lorsque le dernier flocon se pose, nous savons que nous avons vécu ce hors-temps qui est la marque des grandes illuminations. Enfant, souvent, je me demandais s’il me serait donné de vivre de pareils instants et de me tenir au cœur du lent et majestueux ballet des flocons, enfin arrachés à la morne frénésie du temps.

Un rafraîchissement.

Le croirez-vous, je ne suis jamais allée chez le coiffeur. En quittant la campagne pour la ville, j’avais découvert qu’il existait deux métiers qui me semblaient également aberrants en ce qu’ils accomplissaient un office que chacun devait pouvoir réaliser soi-même. J’ai encore aujourd’hui du mal à considérer que les fleuristes et les coiffeurs ne sont pas des parasites, qui vivant de l’exploitation d’une nature qui appartient à tous, qui accomplissant avec force simagrées et produits odorants une tâche que j’effectue seule dans ma salle de bains avec une paire de ciseaux bien coupants.

-        Qui vous a coupé les cheveux comme ça ? demande avec indignation la coiffeuse à laquelle, au prix d’un effort dantesque, je suis allée confier le soin de faire de ma chevelure une œuvre domestiquée.

A quoi sert l’Art ? A nous donner la brève mais fulgurante illusion du camélia, en ouvrant dans le temps une brèche émotionnelle qui semble irréductible à la logique animale. Comment naît l’Art ? Il s’accouche de la capacité de l’esprit à sculpter le domaine sensoriel.

La convoitise humaine ! Nous ne pouvons cesser de désirer et cela même nous magnifie et nous tue. Le désir ! Il nous porte et nous crucifie, en nous conduisant chaque jour au champ de bataille où nous avons perdu la veille mais qui, sous le soleil, nous semble à nouveau un terrain de conquêtes, nous fait bâtir, alors que nous mourrons demain, des empires voués à devenir poussière, comme si le savoir que nous avons de leur chute prochaine n’importait pas à la soif de les éditer maintenant, nous insuffle la ressource de vouloir encore ce que nous ne pouvons posséder et nous jette au petit matin sur l’herbe jonchée de cadavres, nous pourvoyant jusqu’à notre mort en projets sitôt accomplis et sitôt renaissants. Mais il est si exténuant de désirer sans cesse … […] Or, cet état, c’est l’Art.

[Sur la nature morte] Mais lorsque nous regardons une nature morte, lorsque nous nous délectons sans l’avoir poursuivie de cette beauté qu’emporte avec elle la figuration magnifiée et immobile des choses, nous jouissons de ce que nous n’avons pas eu à vouloir, nous chérissons ce que nous n’avons pas dû désirer. Alors la nature morte, parce qu’elle figure une beauté qui parle à notre désir mais est accouchée de celui d’un autre, parce qu’elle convient à notre plaisir sans entrer dans aucun de nos plans, parce qu’elle se donne à nous sans l’effort que nous la désirions, incarne-t-elle la quintessence de l’Art, cette certitude de l’intemporel. Dans la scène muette, sans vie ni mouvement, s’incarne un temps excepté de projets, une perfection arrachée à la durée et à sa lasse avidité – un plaisir sans désir, une existence sans durée, une beauté sans volonté.

Car l’Art, c’est l’émotion sans le désir.

J’ai senti une méchante moutarde me monter au nez.                J'adore !

Manuela arque un sourcil, ce qui signifie, en portugais du moins : Que fait-elle là ? Je hausse imperceptiblement les épaules. Elle plisse les lèvres, perplexe.

Je suis toujours fascinée par l’abnégation avec laquelle nous autres humains sommes capables de consacrer une grande quête du rien et au brassage de pensées inutiles et absurdes. J’avais discuté avec un jeune thésard en patristique grecque et m’étais demandé comment tant de jeunesse pouvait se ruiner au service du néant. Quand on réfléchit bien au fait que ce qui préoccupe avant tout le primate, c’est le sexe, le territoire et la hiérarchie, la réflexion sur le sens de la prière chez Augustin d’Hippone semble relativement futile.

Il y a eu un petit bruit, enfin un frémissement de l’air qui a fait « shhhhh » très très très doucement : c’était un bouton de rose avec un petit bout de tige brisée qui tombait sur le plan de travail. Au moment où il l’a touché, ça a fait « peuf » un « peuf » du type ultrason, seulement pour les oreilles des souris ou pour les oreilles humaines quand tout est très très silencieux. Je suis restée la cuillère en l’air, complètement saisie. C’était magnifique. Mais qu’est-ce qui était magnifique comme ça ? Je n’en revenais pas : c’était juste un bouton de rose au bout d’une tige brisée qui venait de tomber sur le plan de travail. Alors ? […]

Moi en regardant tomber cette tige et ce bouton, j’ai intuitionné en un millième de seconde l’essence de la Beauté. Oui, moi, mouflette de douze ans et demi, j’ai eu cette chance inouïe parce que, ce matin, toutes les conditions étaient réunies : esprit vide, maison calme, jolies roses, chute d’un bouton. Et c’est pour ça que j’ai pensé à Ronsard, sans trop comprendre au début : parce que c’est une question de temps et de roses. Parce que ce qui est beau, c’est ce qu’on saisit alors que ça passe. C’est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.

Aïe, aïe, aïe, je me suis dit, est-ce que ça veut dire que c’est comme ça qu’il faut mener sa vie ? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition ?

C’est peut-être ça, être vivant : traquer des instants qui meurent.

[La fin du livre]

En pensant à ça, ce soir, le cœur et l’estomac en marmelade, je me disais que finalement, c’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n’est plus le même. C’est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèses dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais.

Oui, c’est ça, un toujours dans le jamais.

                                        Muriel Barbery. L’Elégance du hérisson. 

Vous devez vous dire que cela fait beaucoup de temps passé à taper sur l'ordinateur! Oui, c'est certain, mais j'adore cela ! Et là, de plus, j'étais sur l'ordinateur portable de Môsieur et je me suis régalée avec les touches semi-sensitives, à peine on touche et ça tape ! Un délice ! Je dois avouer que je tape aussi assez rapidement, sûrement mes heures à "tâter de la machine à écrire" dans ma jeunesse ! Voilà, j'espère ne pas vous avoir ...g****, ou gon**** ... comme disent les élèves ! Mais si vous prenez le temps de lire mes extraits voire d'acheter ce livre, c'est réellement ... que du bonheur ! A suivre !

Posté par Bounty33 à 20:30 - Nourriture spirituelle ... - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 13 janvier 2007

Nourriture spirituelle pour garçon matheux

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   Cadeau pour le matheux de la maison, (décidément, après le four à micro-ondes, je commence à me demander si ma soeur ne lui en veut pas pour quelque chose) Lau lui a offert un livre ! J'étais ravie ! Mais, hum, il s'agit d'un livre spécial ...

   Le grand livre des énigmes ! Que des trucs de fous, des problèmes en cinq ou six phrases que je suis incapable de comprendre et résoudre ! Je n'ai absolument pas l'esprit mathématiques, et cela exaspère Le Grand Matheux ... En particulier, quand il me voit compter sur mes doigts ou réfléchir pour faire 3 + 5. Et je suis même capable de me tromper !

   Le seul truc sympa, ce sont les illustrations ! Alors voilà, comme une 'tite fille, je regarde les images, les enluminures ... Et elles sont superbes !

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   Aimez-vous les maths ? Y a-t-il des absolument nuuuul(le)s dans cette matière comme moi ? Parce qu'en plus, pour les soldes, ce n'est pas facile facile !

Posté par Bounty33 à 18:59 - Nourriture spirituelle ... - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 3 janvier 2007

J'adore les haïkus ...

Je me lave les cheveux

C'est à dire

Que je me lave l'âme

     J'écrase une fourmi

     Et c'est moi que mes trois enfants

     Regardent

Ce qui va à mes enfants

Ne me va plus

Nouveau calendrier

     Ma vie

     Devant ce chrysanthème

     Se tait soudain

Posté par Bounty33 à 07:56 - Nourriture spirituelle ... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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